Hier soir, j’ai assisté à la diffusion du film, classé « art et essai » : Article 23. Ce film est né de la colère non assouvie d’un homme, Jean Pierre Delépine, faisant partie du top management de son entreprise qui, après un harcèlement moral, s’est vu contraint au départ, non sans avoir vécu une dépression.

Il y dépeint le rôle des sociétés de recrutement, vecteur d’un système dicté principalement par le profit, ainsi que des dommages en chaîne causés sur tous les intervenants du système : le recruteur, les chercheurs d’emploi, les personnes en situation de précarité, l’entreprise…

Ce film montre ce que le management par le stress fait de pireProcessus de recrutement qui détermine le profil idéal et parfait du candidat « conforme » ou supposé l’être ! 

Résumé du film :

 

Trois vies se croisent et illustrent fort bien des situations que vous avez peut être vous-mêmes vécues.

« Cécile, jeune veuve et maman de 2 enfants, âgée de plus de 40 ans et qui ajoute à cela le fait d’être française seulement par son mariage ! Cédric, le jeune loup recruteur idéal, qui répond au besoin d’un certain système, sans réfléchir à sa capacité à s’interroger sur la finalité de ses « obéissances aux ordres ». Alice, toute jeune diplômée qui découvre avec horreur lors de son premier emploi, son incapacité à souscrire aux exigences de cette société de recrutement, trop éloignée de ses valeurs et qui décide de se priver du bon salaire à la clé et fait le choix de l’humanitaire, plus conforme à l’idée qu’elle se fait de sa mission. »

Je tairai la chute de ce film afin d’en ménager la découverte…

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J’ai été touchée par ce film, qui montre de façon très crue, la façon dont les pressions sont organisées dans un but de division, « d’écrémage » pour ne garder que les plus dociles ou les plus ambitieux. J’ai une fois de plus, comme le réalisateur du film, fait l’amère constatation du renforcement de l’individualisme, actionné par la montée du chômage et donc par une perte de cohésion sociale.

Questions toujours présentes : comment l’exigence de profit peut-elle être moteur de ces pressions exercées sur les employés, jusqu’au harcèlement souvent ? Comment l’économie peut-elle diriger les hommes ? La soumission à l’injonction de productivité est une source de stress énorme tant pour les managers que pour les employés.

La colère qui s’exprime contre l’injustice et l’indignation est forte. N’est-elle pas néanmoins nécessaire au combat contre la frustration puisque c’est elle qui prépare au mouvement et à la réaction ?

Mon constat : 

 

Bien sûr, toutes les personnes victimes de pressions fortes, pouvant aller jusqu’au harcèlement, doivent pouvoir bénéficier d’un soutien. La souffrance doit être accompagnée. Jean Pierre Delepine, qui reste salarié d’une entreprise, porte son film et son discours de ville en ville, au fil des programmations. Sa motivation à sensibiliser tous les acteurs du monde du travail est au moins aussi puissante que la colère qui l’anime encore contre les politiques, qui n’appliquent pas la simple justice aux responsables de ces pratiques révoltantes !

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Que pouvons-nous changer, chacun à notre niveau, pour faire évoluer ces pratiques sans entrer dans la stigmatisation ?

→ Du point de vue du management :

 

Le manager fait souvent office d’interface et de liaison entre les logiques de performance demandée par les directions et l’incompréhension des salariés. A lui de trouver et d’appliquer les moyens nécessaires pour la mise en œuvre des orientations stratégiques de l’entreprise ou de l’organisation.

Aujourd’hui encadrer, diriger, arbitrer n’est plus suffisant. Le nouveau dirigeant ou manager est-il capable d’une communication très claire avec ses équipes et le reste de l’organisation ? Est-il ouvert à motiver pour donner de l’intérêt au travail demandé, à partager sa vision et à faire participer à l’effort commun ? Peut-il donner des signes de reconnaissance et d’encouragement ?

Pas facile d’arbitrer entre recherche de performance et conditions de travail optimales !

Sans l’apprentissage de la gestion de ses émotions et de celles de ses équipes, il risque d’être compliqué de changer les processus en place et de modifier son positionnement.

 

→ Du point de vue du salarié :

 

Dans notre contexte actuel de crise mondiale, dans lequel la précarité se généralise, la position du salarié est compliquée, surtout dans les structures qui « oublient » les valeurs de respect, qui devraient s’installer à la base de toute organisation.

Respect, justement voyons donc la notion du respect dû à soi-même déjà et aux autres ensuite : il y a quelques années, au cours d’une formation que je dispensais, j’avais pu remarquer que très peu de personnes étaient conscientes du fait que, dans une entreprise, nous sommes tous clients les uns des autres ! Le service à la clientèle externe est toujours souligné, jamais le service à la clientèle interne. Et pourtant, si vous êtes embauché dans cette structure, c’est que votre rôle y est indispensable, quelque soit le poste que vous occupez ! Le premier respect est celui qu’on se doit à soi-même…  Donc pas de tolérance pour le manque de respect !!

Ensuite, rien ni personne ne vous oblige à rester dans une organisation dans laquelle vous vous sentez maltraité, réfléchissez-y !

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Comment remettre l’être humain au cœur de l’entreprise ?
Comment reprendre en main notre destinée et tous nous réinvestir dans ces entreprises dont nous avons besoin, en retrouvant le courage de partager les risques et aussi les succès ?

>> voici la bande annonce du film <<