Des occasions pour faire évoluer nos compétences relationnelles nous en avons régulièrement, même à distance. Il se trouve d’ailleurs que le terreau est particulièrement fertile au travail.

Il est donc intéressant de se saisir de ces situations pour éviter qu’elles ne dégénèrent parfois jusqu ‘au conflit, comme c’est souvent le cas.

Cette fois il s’agit d’une situation qui m’a été racontée lors d’un échange entre collègues. L’une d’elles venait de vivre un épisode intéressant, une situation vécue lors d’une formation à laquelle elle assistait en tant que participante. C’est ce qui va constituer l’exemple de cet article.

Imaginez

8 personnes en formation pour deux jours, 3 sont masquées, 5 ne le sont pas ! Les 3 masquées hallucinent « comment se permet-on de ne pas respecter la règle commune, compte-tenu de l’actualité sanitaire? » Les autres, n’ont aucune envie de porter un masque pendant la formation et se moquent de celles qui le portent !

Je ne connais pas le cadre annoncé par le formateur et ce n’est pas mon propos, en revanche, ce qui m’intéresse, c’est la façon de faire évoluer ce blocage relationnel.

Cerveau et émotions sous tension

Contrariété, colère, peur, incompréhension… chacune des parties est impactée par des émotions. En effet nos émotions ne sont pas là pour rien ! Elles font partie de notre système et en sont en quelque sorte la signalisation. C’est un processus naturel, automatique et inconscient. Nous pouvons donc penser que chacune des stagiaires ressent des émotions.

Vraisemblablement les non masquées reflètent leur scepticisme et leur irritation par de la défiance, les autres non respectées dans leur choix se sentent insécurisées voire menacées.

Mais chacune est choquée par le positionnement et les attitudes des autres !

L’inédit et l’imprévisible sont de grands moteurs d’angoisse et dans ce genre de situation notre cerveau qui aime fonctionner à l’économie active le mode « survie » : j’agresse, je fuis, je ne dis mot en attendant que cela passe.

Ce qui explique les différents comportements observés dès les premiers moments : les unes invectivent, elles parlent fort et les mots sont guerriers. Les autres menacent de quitter la formation dans ces conditions et quelques autres ne disent rien mais n’en pensent pas moins.

Quand les points de vue s’affrontent…

Chacune des parties a ses bonnes raisons pour défendre son point de vue. En effet les 5 défendent dans leur logique, des valeurs importantes pour elles : peut-être une certaine idée de liberté et  de libre-arbitre pour les unes, alors que les autres défendent la solidarité par exemple.

Les unes ont la croyance qu’il n’y a pas de danger, les autres que le danger est fort !

Nous pouvons déjà prendre conscience que lorsque nous défendons notre vision du monde renforcée par nos croyances, nous nous enfermons dans des certitudes qui risquent de nous empêcher de voir les choses autrement.

Chacun est en charge de sa vision du monde et inconsciemment va venir chercher la validation de ses croyances en observant ce qui va venir lui démontrer que « tu vois bien que c’est vrai !»

Dans l’exemple, les unes mettent en avant les chiffres communiqués régulièrement par les médias, les autres vont opposer des propos contradictoires scientifiques.

Les tentatives de solution

Le problème c’est qu’il allait falloir travailler deux jours avec des personnes qui n’arrivent pas à sortir de leurs certitudes et qui refusent d’échanger et d’entrer totalement dans les exercices proposés. Évidemment chacune pensent que les autres portent toute la responsabilité de la situation.

Comment faisons en général assez spontanément pour essayer de sortir de ces difficultés ?

Nous cherchons à expliquer avec beaucoup de détails notre points de vue :

« Mais regarde les chiffres, la situation hospitalière, ce virus est dangereux… »

« C’est n’importe quoi, à partir du moment où nous gardons nos distances… »

Bref, le système se ferme sur lui-même en renforçant encore un peu plus les dysfonctionnements relationnels. La solution n’est donc pas celle-ci !

Le risque là, c’est l’escalade émotionnelle !

Il est facile de comprendre que plus les débats vont s’intensifier, plus les émotions vont également prendre de la place jusqu’à générer des conflits importants, dommageables pour ces deux jours de formation.

Si les émotions ne sont pas suffisamment accueillies, elles vont alimenter des pensées qui vont petit à petit renforcer toujours plus la situation problématique. En effet pensées et émotions alimentent le système en positif mais aussi en négatif !

Le prix à payer pour ces stagiaires c’est de ne pas profiter pleinement de ce stage ou pire, décider que dans ces conditions il est préférable de partir dans un grand élan de colère.

Pour s’en sortir, écouter sans chercher à comprendre

Il n’est plus nécessaire de chercher qui a tort et qui a raison ou d’essayer de convaincre mais de trouver une ouverture pour travailler le mieux possible ensemble pendant deux jours.

Donc, nous avons toutes les bonnes raisons de croire ce que nous croyons, de penser ce que nous pensons et de nous comporter de telle ou telle manière. Ce n’est donc pas de ce côté là qu’il faut tenter quelque chose.

N’avez-vous jamais expérimenté le fait de vous laisser simplement traverser par l’émotion, de l’écouter, de la ressentir avec précision et de vous apercevoir qu’elle perdait finalement en intensité si on lui en laissait le temps ? D’ailleurs ce temps est nécessaire pour que votre cerveau analytique puisse intervenir.

Si vous marquiez une pause simplement pour ressentir en vous l’émotion ?Quel serait votre discours intérieur ? En général il se forme à partir de jugements contre les personnes qui se trouvent en face de vous. Comment pourriez-vous décharger les autres de toute responsabilité pour reprendre la vôtre ? Comme le dit Tiffany Watt Smith dans une conférence TEDx : nous vivons une époque où la connaissance des émotions est une denrée rare, et pourtant…

Les émotions, nos alliées

Les émotions sont toujours les messagères de besoins et trouver de la clarté dans ses besoins permet déjà de réouvrir le dialogue avec soi.

Cela pourrait se traduire par quelque chose sous cette forme :

Je ressens de la colère lorsque je vous vois sans masque et je suis embêtée de voir la tournure que prend la formation.

Je comprends bien que chacune a son point de vue, quelles solutions pourrions nous proposer pour que nous nous sentions respectées pour vivre deux jours de formation de façon plus sereine ? Qu’en pensez-vous ?

Ce ne sera peut-être pas miraculeux, en revanche vous aurez pu exprimer à voix haute vos émotions.

Des occasions pour tester vos compétences relationnelles avec votre entourage professionnel et personnel vous en croisez chaque jour. Se libérer du poids des émotions qui pèsent si souvent dans les relations participent d’une meilleure connaissance de soi et encourage bien-être et communication.