Alors que nous commençons à entrevoir un retour à une certaine normalité au travail, j’ai été amenée à parler “costume" avec un client. C’était plutôt inattendu ! Loin des questions liées à la mode et à ses tendances, comme beaucoup depuis le premier confinement, ce client était en pleine réflexion personnelle sur le sens à donner à son quotidien au travail, je vous raconte.

L’habit ne fait pas le moine

Il est probable qu’avant même d’avoir été embauché, vous aviez déjà réfléchi à la façon de vous présenter : quelle serait la tenue idéale ?

L’habillement peut être un élément d’assimilation ou de différenciation et il contribue indirectement à développer le sentiment d’appartenance à un groupe, à une entité, avec toutes ses spécificités.

Nouvellement embauché, bien formé sur votre métier, vous aviez en tête de vous inclure au plus vite dans votre équipe, dans votre nouveau cadre de travail.

Pour cela, vous observiez les comportements attendus pour vous sentir rapidement reconnu. Le vêtement d’ailleurs en cela est loin d’être anecdotique, il vient émettre le signal que « je suis bien à ma place ».

En effet, l’adoption d’un code vestimentaire vise d’abord à mettre en avant le professionnalisme et une image d’entreprise commune de sérieux. Elle peut être formelle, ou plutôt cool en fonction du type d’activité. D’ailleurs vous trouveriez bizarre de voir votre banquier en tee-shirt et sandales et votre plombier en costume, cravate !

S’il est dit que l’habit ne fait pas le moine, on peut aussi s’interroger sur l’impact de ces diktats conventionnels, « corporate » , sur les résultats qu’ils induisent au niveau plus personnel. C’est exactement sur ce chemin que mon client a questionné son quotidien et ses choix pour l’avenir.

Comment rester fidèle à soi-même au travail ?

Votre tenue, c’est sans doute une façon de refléter votre personnalité sur votre lieu de travail. Néanmoins, il se peut que votre employeur ne vous ait pas vraiment embauché pour apprécier votre personnalité. C’est ce décalage là qui a fini par gêner beaucoup mon client.

Employé dans le secteur de l’immobilier d’entreprise depuis 5 ans, plus habitué au jean qu’au costume, il s’est néanmoins plié à cette obligation. Il a tout donné comme il le dit jusqu’à perdre les pédales face à un management autoritaire et harcelant.

 C’est curieux à dire mais en fait chaque matin, je sentais monter en moi des émotions de colère et de frustration pendant que je nouais ma cravate, comme si mes émotions devaient rester maintenues derrière elle ! 

Le confinement est passé par là et libéré pour un temps de ses obligations, il a pu réfléchir.

 J’ai adopté tous les codes, vestimentaires, comportementaux généralement admis finalement par peur du regard des autres. Ce costume que j’ai porté en a été finalement le symbole. Je me suis caché derrière lui en évitant de revendiquer ma différence, d’assumer mes points de vue. Aujourd’hui ce n’est plus possible. 

Sous le costume, le conformisme ?

Le regard des salariés sur le travail a lui-même changé : plus d’un salarié sur deux ne voit plus son travail de la même manière. Vous l’avez compris, le port du costume ou du tailleur n’est qu’un symbole du rôle dans lequel beaucoup se conforment.

Comme pour mon client, se glisser dans le costume du ou de la manager veut dire endosser les valeurs de l’entreprise, rien de plus normal. En revanche, lorsqu’il est trop étroit ou trop large, il est alors nécessaire de l’ajuster pour s’y sentir bien, à ses mesures.

La crise sanitaire a eu comme avantage de balayer le sacro-saint « on a toujours fait comme ça », ce qui présente assurément une opportunité pour faire bouger certain système un peu figé, rigide et stérile.

Vous l'avez peut-être remarqué, en tant qu’être humain, nous avons tendance à éviter toutes formes de changements, le costume peut alors nous fournir un prétexte pour rester conforme. Mais, la période nous invite à la remise en cause individuelle et collective sur de nombreux sujets, dont le domaine professionnel.

Pour mon client, ce costume, il n’a pas eu de difficulté à s’en séparer puisqu’il s’est trouvé un emploi plus vivifiant, qui correspond mieux à ce qui lui est essentiel dans son quotidien. Plus fidèle à soi-même, il a retrouvé la motivation qui lui faisait défaut.

Alors exit le tailleur et le costume ? La Covid pourrait-elle aussi bouleverser nos penderies ? Peut-être ! Mais au-delà de ça, il est intéressant d’observer comment l’heure est peut-être aussi à retrouver plus d’affirmation de soi et d’authenticité derrière nos costumes et d’oser exprimer nos avis divergents par exemple, mais n’est-ce pas ainsi que fleurit la créativité ? Une créativité dont nous risquons d’avoir bien besoin à l’avenir…

Dissimuler, c'est s'oublier !