L’intelligence émotionnelle fait partie des 10 compétences clés pour réussir professionnellement selon le forum économique de Davos 2020. Nous sommes tous empêtrés dans une crise sanitaire et économique qui impacte nos relations forcément plus distantes, notre travail, notre vie en général et qui suscite au mieux de l’épuisement, un stress chronique ou pire de la dépression.

Se saisir de cette situation pour améliorer notre intelligence émotionnelle est une opportunité !

C’est une période où les zones d’incertitudes se multiplient : pour les dirigeants et entrepreneurs qui se battent pour la survie de leur entreprise, pour les managers qui doivent à distance faire en sorte de garder leurs équipes unies et motivées, pour tout à chacun qui s’interroge pour la pérennité de l’emploi, pour la santé, pour l’avenir de notre société…

Comment dans ces circonstances utiliser nos émotions pour traverser cette zone de turbulences intense ?

Donner plus de place aux émotions

Accepter la situation est une première étape. Admettre que les émotions ont toute leur place dans votre quotidien au travail et que les compétences techniques ne suffisent pas.

Pour ses collègues, Marc est un très bon technicien, il aime son travail et encadre en tant que manager une équipe de 10 collaborateurs. Comme tout le monde, il a suivi les directives et télé-travaille avec son équipe. Très à cheval sur les objectifs et l’investissement de chacun, il contrôle, il surveille, les réunions sont de plus en plus nombreuses. En somme, il reproduit ce qu’il a toujours fait, sauf qu’à distance et dans la situation actuelle, ses habitudes ne sont pas reproductibles.

Comme souvent, le télétravail exacerbe les dysfonctionnements. L’équipe ne se sent ni accompagnée ni soutenue et se plaint.

La direction vient de lui demander des informations sur la situation mais lui ne comprend pas, il n’a rien perçu, rien vu ! Il se sent à côté de la plaque, il n’avait ressenti aucune tension.

Pourtant il dit régulièrement à qui veut l’entendre qu’il est stressé, il démontre d’ailleurs depuis un moment une certaine irritabilité en famille, tous les prétextes sont bons et les proches s’interrogent…

Marc pourrait-il sonder ce qu’il ressent : déception ? Tristesse ? Colère ? J’observe souvent une difficulté à exprimer clairement une émotion. Ce « je suis stressé » vague et difficile à sonder, je l’entends souvent de personnes qui ont perdu le contact avec eux-mêmes, comme si le dictionnaire émotionnel n’était plus accessible…il est pourtant si vaste ! Les émotions qui ont la fonction de mettre en mouvement, vont néanmoins s’exprimer…face aux mauvaises personnes et dans des situations inadéquates

Comprendre l’origine de l’émotion

Une émotion agit un peu comme la gardienne de notre écologie personnelle. Elle abrite toujours un besoin qu’il est nécessaire d’entendre pour retrouver un équilibre intérieur. Sans entrer dans une démarche de thérapie, il est nécessaire d’apprendre à s’écouter, à se respecter en exprimant ce qui est important pour soi. Vous remarquerez peut-être que je n’ai pas parlé de « gestion des émotions ».Les émotions comme le temps ne se gèrent pas mais s’utilisent afin de les canaliser dans leur expression .

Quel est le besoin de Marc ? Se sentir appartenir plus à cette équipe ? Valider un besoin de reconnaissance qu’il n’a pas encore rencontré ? Se rassurer et garder confiance en lui dans cette période où tout est en changement ? Il pourrait peut-être choisir de dialoguer avec chacun des membres de son unité, en les écoutant et en prenant vraiment en compte leurs besoins tout en exprimant les siens. C’est aussi faire preuve d’assertivité, c’est à dire faire part de son point de vue dans le respect et la bienveillance, sans écraser les autres. On manage bien mieux quand on s’écoute soi même et parle vrai, c’est ce qui permet de mieux écouter les autres.

Écouter plutôt que convaincre

Écouter vraiment, voilà qui pose souvent un problème de communication non négligeable au travail où chacun est pris par une espèce de frénésie d’actions en tous genres… peut-être d’ailleurs que la période actuelle va nous aider à en prendre conscience. Prend-on vraiment le temps d’écouter ? Il est souvent plus rapide d’exiger…

Marc qui n’est pas à l’aise avec ses propres ressentis a d’autant plus de difficultés à faire preuve d’empathie avec son entourage. Écouter en cherchant sincèrement à comprendre les difficultés des membres de son équipe, sans nécessairement partager ces mêmes problèmes.

En faisant preuve d’écoute active, il pourrait comprendre les inquiétudes de certains (et les sujets d’inquiétudes sont nombreux si j’en crois les retours de nombreux professionnels). L’énergie nouvelle initiée par cette simple démarche créé de l’adhésion.

A l’heure où toute l’organisation habituelle est chamboulée et demande à chacun de s’adapter sous la contrainte à des conditions de travail différentes, ne serait-ce pas une nécessité de se réajuster personnellement pour manager en ajoutant plus d’authenticité et d’humanité dans son management ?

Afin de mieux travailler ensemble et en confiance, maintenir le lien semble essentiel dans cette période. Tous sécurisés par les consignes sanitaires, nous avons aussi besoin de nous sentir en sécurité émotionnelle pour échanger, communiquer et continuer à cheminer ensemble vers une meilleure qualité de vie au travail, sujet qui était central avant la crise…