Dans une société qui nous a habitué  à contrôler, à avancer sans nous dévoiler, à dominer, la nature, le temps, nous étions loin d’imaginer l’inimaginable : voilà qu’un virus nous a confronté à notre propre vulnérabilité et a mis en avant nos besoins de relations !

Tous logés à la même enseigne !

C’est bien là ce qui a fait de ce confinement une aventure inédite. Personne n’était plus informé ni plus serein face à la situation qu’un autre. Pour une fois nous étions tous égaux devant une même réalité et vraisemblablement tous, nous avons touché notre sentiment de fragilité.

Je pense que la période de confinement fut un grand moment d’intériorité. Face à la maladie possible pour nos proches ou pour nous, elle nous a renvoyé à notre histoire personnelle, à nos croyances, à notre rapport aux institutions de santé, au vieillissement…

Et maintenant, quel apprentissage au travail ?

Comment pouvons-nous rendre cette période utile ? Au travail, il n’est pas de bon ton d’afficher sa vulnérabilité ! Evidemment, si nous regardons la définition du mot, on peut comprendre qu’afficher sa vulnérabilité au travail en tant que dirigeant ou manager n’aille pas forcément de soi ! Jugez plutôt : « Qui est exposé aux atteintes d’une maladie, qui peut servir de cible facile aux attaques d’un ennemi, qui par ses insuffisances, ses imperfections peut donner prise aux attaques. »

Comment alors s’autoriser à donner à voir ses émotions, à reconnaître ses imperfections ou ses méconnaissances dans ces conditions. 

C’est peut-être l’une des raisons qui ont fait qu’il était implicitement recommandé de laisser ses émotions à la porte avant d’entrer au bureau ! La vulnérabilité comme toutes les émotions d’ailleurs permettent pourtant d’enrichir les relations.

Cependant, entre autres changements, nous avons pu observer à quel point, chacun à sa place, s’était adapté avec authenticité. La période était difficile, et pourtant avec les moyens du bord, nombreux sont ceux qui ont retrouvé le sens de leur travail et du même coup revalorisé leur relations.

Ce fut aussi un moment de réflexion, comme le dit Denis : « Aujourd’hui je suis plus au clair sur ce que je veux et surtout ce que je ne veux plus »

Nous ressentir vulnérable face à quelque chose totalement hors de notre contrôle, finalement nous a rapproché les uns des autres.

 

La vulnérabilité au travail danger ou ressource ?

 

Où est le risque individuellement ?

  • Paraître moins fort ? On ne peut pas être fort tout le temps ! Reconnaître les zones de vulnérabilité chez soi permet de repérer plus facilement les vulnérabilités chez les autres. C’est donc une ressource non négligeable qui favorise de meilleures relations.

 

  • Moins parfait ? Personne ne l’est mais combien n’ose toujours pas dire « je ne sais pas » ?! Et le droit à l’erreur… on en parle ? Difficile de supporter la pression croissante pour atteindre des objectifs. On ne compte plus les études qui démontrent le coût du stress, dépression et burn out. Assumer ses vulnérabilités est certainement une démarche de protection de santé.

 

 

  • Aveu de faiblesse ? Nous avons tous des points forts et des points plus faibles. Une fois encore, accueillir ses zones de vulnérabilité révèle un peu plus de notre humanité et favorise l’empathie et le travail collectif. C’est aussi, ne l’oublions pas néanmoins, une opportunité pour la dépasser…

 

Et si le confinement vous avait guidé sur ce chemin ?

 

Par exemple l’expérience du travail à distance a montré ses vertus sur l’importance de la qualité des relations et le besoin de communiquer. Avant, nous avions globalement pris l’habitude d’être performant à travers la compétition. Penser qu’il vaut mieux cacher, nier, éviter de se montrer vulnérable donne l’illusion que nous n’avons donc apparemment plus de limites (ni peur, ni douleur, ni rejet) ?!

Le Covid nous a fait expérimenter nos limites, en côtoyant d’assez près parfois la peur…

La vulnérabilité est au cœur des émotions et des sentiments. Alors loin d’être néfaste, elle est au contraire une vraie force. Dans ce monde qui nous a révélé toutes ses incertitudes, nous avons un réel besoin de confiance et nous pouvons la renforcer en nous autorisant des relations plus authentiques au travail.

Comment faire confiance à une personne qui ne montrerait jamais aucune émotion, ni ses imperfections ?

L’entreprise survalorise la force et la performance. Les mois à venir risquent fort de challenger  la société et le monde du travail en particulier. En conséquence, il est sans doute plus que temps de modérer dans les mois à venir, tout ce qui peut renforcer les sources de vulnérabilité : la quête de la performance, la culture du chiffre, les contrôles permanents et j’en passe.

Cette période offre une véritable occasion de changement collectif. L’enjeu étant de vitaliser autrement l’engagement professionnel pour faire face à tous les défis de la situation actuelle et future.

 

La vulnérabilité requiert le courage d’être soi et de le montrer !

Brene Brown